Art-thérapie en Ehpad - Quand le silence est roi, tout est art.

Situé dans un écrin de verdure l'établissement privé propose plusieurs types d'hébergements : permanents ou temporaires. Il possède une unité protégée aussi appelée unité Alzheimer.



C'est par le biais de jeux de société ou jeux de mots que j'entame les activités avec les résidents. Cela me permet de me familiariser avec cet environnement dans lequel je ne suis pas du tout à l'aise. Je travaille pour trouver la juste distance, pour trouver ma place. Prendre du recul face à certaines situations et s'adapter à chaque résident, ne pas s'arrêter sur les colères et les agacements proférées par chacun. J'énonce alors très clairement ma position aux résidents à chaque demande qui ne me concerne pas, en expliquant ma position et mon activité ici parmi eux. J'en ferais de même avec certains soignants qui me taquinent avec un « ah oui tu n'est là que pour dessiner toi ! »


Ma place est là, en retrait et hors du temps institutionnel classique. Telle est notre essence, notre éthique. Ma position s'éclaircit et se singularise de plus en plus au fur et à mesure que je n'interviens. J'utilise mes propres idées et inventions souvent quasi spontanées. Le « faire avec » ce que j'ai sous la main devient la trame de mes « activités ».



Les épingles à linge

En Ehpad le silence est roi. Beaucoup n'ont plus la parole pour s'exprimer, ni la motricité nécessaire pour faire des activités, artistiques ou non. C'est ici que l'éphémère, cheval de bataille me mon enseignement à PROFAC prends tout son sens.

Alors que je trie au milieu de la pièce de vie une boite qui contient des épingles à linge colorées et quelques babioles, Madame F. jusqu'ici absente s'empare d'une épingle, puis d'une autre, les pince l'une avec l'autre et continuera ainsi jusqu'à ce qu'elle n'ai plus d'épingles. Je n'interviens à aucun moment. Nos regards se croisent. Le sourire qui s'en suit est très émouvant. J'ai vu au delà au delà des apparences. Je l'ai rencontrée. Cette expérience me montre que l'art-thérapie se trouve en dehors de toute forme d'art. Au détour d'un instant fugace, des babioles sur une table et une lueur dans un regard.


Un peu de poésie

Suite à cette première expérience du « faire avec » je me pose beaucoup de questions quand à la place de l'art-thérapeute et à son dispositif. La seule présence peut-elle faire tiers ? Peut-elle suffire ? Lorsque je m'assoie dans le petit salon et que je tire de mon sac un livret de chansons Marseillaises ayant appartenu à mon grand père je me demande si la lecture aura un quelconque effet sur les résidents somnolents qui m'entourent.

Je me lance. Il se passe quelque chose de très subtil, mais il se passe quelque chose. Les yeux s'ouvrent, me regardent.


L'attitude du praticien et sa propension à accueillir l'autre dans sa totalité et dans sa singularité, sans jugement, sans imaginaire fait tiers.


En faisant au présent de la rencontre, on laisse la place à la magie de l'instant, à la poésie du moment.


C'est ça, l'art-thérapie. Nous, art-thérapeutes, ne sommes que les garant de cet espace.


© 2019 par Lydie Jacquemus. Créé avec Wix.com